Par où commencer ?

   Le genre littéraire du « blog » n’ayant pas été très précisément codifié par l’Académie Française, du moins à ma connaissance, me voici errant dans les incertitudes de la création littéraire non normée (et donc fondamentalement anarchique). Précisons d’emblée que l’exercice est aussi grisant qu’angoissant, surtout pour un esprit aussi anxieux et conformiste que le mien.

   Le terme de « blog », déjà, reconnaissons-le, sonne de façon particulièrement discordante et écœurante, surtout lorsqu’on le place aux côtés de termes comme « tragédie », « sonnet », « chronique », etc. Cette misérable monosyllabe, qui confine à l’onomatopée, a, pour ainsi dire, la vertu de convoquer à l’esprit davantage l’image d’une boue organique et verdâtre, dans laquelle choirait malencontreusement un pied maladroit, qu’une cathédrale littéraire séculaire dont les voûtes minérales et consacrées se perdraient dans le ciel. Et pourtant, peut-être ce ciment encore indistinct et protéiforme se révélera-t-il le plus adapté pour donner forme aux quelques idées, elles-mêmes fort spongieuses et amorphes, que j’ai le projet d’exprimer ces prochains temps.

   Il est en effet relativement commun de considérer que nous vivons dans une société affolée, où le cours du temps, sans cesse plus rapide, emporte toute création de l’esprit dans un flux brutal et anarchique. Tout en déplorant la difficulté toujours croissante à se baigner deux fois dans le même fleuve, il me semble alors raisonnable d’adopter des formes plus modernes, à peine ébauchées, pour rendre compte de pensées également éphémères, qui dériveront à leur tour au sein de ce grand courant inéluctable. Au milieu de cette onde incertaine, une des seules réelles préoccupations de ce blog sera donc le soin porté à l’écriture, mince consolation d’apparence, qui s’efforcera d’en travestir l’inanité profonde et nécessaire.

   Quant à la délicate question des thèmes que ce blog a le projet plus ou moins assumé d’aborder, résolvons-la immédiatement en précisant qu’ils seront divers, absurdes, en un mot quotidiens. Peut-être l’ensemble permettra-t-il simplement de mettre en évidence un certain nombre d’intérêts et d’obsessions propres à l’esprit de son auteur.

   Ainsi, si les quelques naufragés d’un moteur de recherches taquin, que j’appellerais par commodité et par orgueil mes lecteurs, n’ont pas déjà prestement cliqué sur n’importe quel bouton ou autre petite croix leur permettant de s’échapper de ce Nouveau Monde que je leur propose d’arpenter, je leur souhaite sincèrement, comme l’usage me le commande :

   Bienvenue sur mon blog !