Garrigue

C’est un matin glacial avec le ciel entier
D’un bleu triste profond et le soleil levant
Semble mourir déjà tandis qu’un léger vent
Fait courir sur la lande un frisson décharné.

Parfois on voit un trait dans ce plat paysage
Un marcheur droit qui passe effaré solitaire
De loin on le croirait arraché à la terre
Aussi stupide qu’un voyageur sans bagage.

Son sillage engloutit les arbustes arides
Et se trouble bientôt sous le souffle apaisant
Comme une longue plaie dont les deux bords saignants
Se rejoignent enfin en une sombre ride.

Ainsi tu te rendors pour une éternité
De silence immobile et sur ta peau rocheuse
On peut lire parfois la cicatrice heureuse
Qu’un marcheur englouti par le temps t’a laissée.


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Une photo

Parfois sur un écran glacé d’ordinateur
Scintille une photo d’un enfant désormais
Grand. Le temps a passé, et l’enfant a aimé…
Sur son visage doux s’est écrit le malheur.

Il est calme et sourit, ses grands yeux tristement
Éclairés par le flash qui fait naître une flamme
Regardent l’appareil et peut-être la femme
Qui braque l’objectif sur sa peau d’innocent.

À ses pieds, obscurcis par le sinistre éclair
On devine des jouets colorés disparus
C’était pour cet enfant son petit univers
Des mondes engloutis que l’on ne verra plus.

Car dans son œil blanchi par l’éclat éphémère
S’éveille un mal obscur le péché qui résonne
Et l’on pleure de voir la folie qui bourgeonne
Pendant que son regard se dresse vers sa mère.


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Enfance

Enfant d’Ève au Serpent et puis d’une ombre obscure
Je marche solitaire au sein du grand troupeau
Des damnés corrompus, mais gravé sur ma peau
Brille le sceau brûlant des volontés impures.

Ainsi toujours errant dans les déserts rocheux
Le dos lourd et courbé je trébuche et je songe
Aux amours que je tue aux désirs qui me rongent
Sur ma tête, moqueur, passe un ciel bitumeux.

À toi, Mère de tout, à toi, père de rien
Je dédie mon malheur ma lente traversée
Des courants ondoyants de l’océan salé,
L’ignorance profonde et du Mal et du Bien !

Par ta Grâce enfanté, victime et puis bourreau
J’ai bu l’ignoble lait de ta Toute Puissance
Et toi, le brouillard qui se dissipa trop tôt
Regarde ton enfant déplorer ton absence…


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Apocalypse

Mon cher Amour blessé par le fracas des armes
Mon bel Amour meurtri violé anéanti
Je te vois devant moi te noyer dans la nuit
je te vois devant moi t’abîmer dans les larmes.

Sans ton regard qui aime il n’y a que les ombres
Sans ta voix qui caresse il n’y a que le vent
Sec, ardent, qui charrie vers un horizon sombre
La poussière et la mort des passions d’antan.

Autour de notre deuil c’est le monde qui meurt
Les poumons déchirés par les gaz carboniques.
Là, chérissant l’amour perdu j’attendrai l’heure
Où pousseront au ciel les bourgeons atomiques.

Voici l’étrange fleur dont le cœur hésitant
Battra la pulsation d’une ultime lumière !
Son éclair brisera ma triste vie, couvrant
Nos deux corps irradiés d’un chaud manteau de terre.


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La danse

Tout au long des années, j’ai valsé avec toi
Oh ma douce folie ! En étreignant tes songes
J’ai perdu mon esprit et j’ai bu tes mensonges,
Et ton poison subtil atténua Sa voix.

Au milieu des salons, sur la piste brillaient
Les éclats acérés d’une atroce illusion
Car c’est autour de nous que le monde pleurait
Les rêves oubliés et les mornes passions.

Pourtant je regardais, entraîné dans ma ronde,
Le cercle de nos pas usé par la cadence.
Captif du mouvement et de sa trace immonde,
Je tournais pour toujours d’une démente danse.

Ainsi, désormais seul, j’erre dans Sa pénombre
La musique s’est tue, les robes ont fané,
Comme l’aveugle qui titube dans les ombres
J’embrasserai la nuit, à jamais condamné…


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